|
|
|
|
|
|||||||||||
LE ROI HENRI II ET LES OURS
(D'après un récit paru en 1908)
Un épisode curieux de l'occupation française de la Savoie au XVIe siècle est la réception faite en 1548 par les gens de Saint-Jean-de-Maurienne à Henri II. Le roi de France, se rendant en Piémont pour examiner l'armée, arriva dans la capitale de la Maurienne au mois d'août 1548. Il fut reçu solennellement et prit possession à la cathédrale du canonicat des ducs de Savoie que les souvenirs français avaient remplacés par la force des armes.
Mais comme il eut marché environ deux cents pas en belle ordonnance, voici une compagnie de cent hommes, vêtus de peaux d'ours, têtes, corps, bras et mains, cuisses, jambes et pieds, si proprement qu'on les eût pris pour des ours naturels, qui sortent d'une rue, tambour battant, enseigne déployée, et chacun l'épieu sur l'épaule, et se vont jeter entre le roi et sa garde de Suisses, marchant quatre par rang, avec un ébahissement très grand de toute la cour et du peuple qui étaient par les rues, et amenèrent le roi, qui était merveilleusement ravi de voir des ours si bien contrefaits, jusque devant l'église, qui mit pied à terre, suivant la coutume de nos rois, pour adorer : auquel lieu l'attendaient l'évêque et le clergé, avec la croix et les reliques en forme de station, où fut chanté un motet en fort bonne musique, tous en chappes assez riches et autres ornements. L'adoration faite, les ours dessus dits ramenèrent le roi en son logis, devant lequel ils firent mille gambades, toutes propres ou approchantes du naturel des ours ; comme de lutter et grimper le long des maisons et des piliers des halles ; et (chose admirable) ils contrefaisaient si naturellement, par un merveilleux artifice en leurs cris, le hurlement des ours, que l'on eût pensé être parmi les montagnes : et voyant que le roi, qui déjà était en son logis, prenait un grandissime plaisir à les regarder, ils s'assemblèrent tous cent, et firent une chimade ou salve à mode de chiorme de galère, tous ensemble, si épouvantable qu'un grand nombre de chevaux sur lesquels étaient valets et laquais attendant leurs maistres devant le logis du roi, rompirent rênes, brides, croupières et sangles, et jetèrent avec les selles tout ce qui était dessus eux et passèrent (tant fut grande leur frayeur) sur le ventre de tout ce qu'ils rencontrèrent, qui fut le comble de la risée, non pas pour tous, car il y en eut beaucoup de blessés ; mais pour le désastre ils ne laissèrent une carole ou danse ronde, leurs épieux bas ; parmi laquelle les Suisses se réunirent à la bande, car ils sont comme patriotes des ours, d'autant qu'il s'en trouve en leurs montages, comme en celles de Savoie, étant toutes nommées Alpes ; où le roi confessa n'avoir reçu en sa vie autant de plaisir pour une drôlerie champêtre, qu'il fit lors, et leur fit donner deux mille écus. |
|
|
|
|||||||||||
| :: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||||||