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LES PLUIES DE CRAPAUDS
(D'après un article paru en 1836)
Les pluies de crapauds ont été longtemps reléguées dans la même catégorie que les pluies de pierres. Comme la science n'était pas en état de rendre compte du phénomène, elle le niait. Infaillible manière de maintenir son privilège de compétence universelle ! Vainement des milliers de témoins affirmaient-ils avoir vu ces animaux tomber de l'atmosphère sous leurs yeux, en avoir reçu sur leurs figures, sur leurs chapeaux, ces témoins n'avaient pas mission d'observer, et il semblait que leur parole ne pût avoir aucune valeur authentique. Mais enfin la clameur est devenue si grande qu'il n'a plus été possible de l'étouffer, ou de refuser de l'entendre. Le préjugé de la pluie de crapauds a donc à peu près reçu absolution : on n'ose plus nier la chose, mais il reste à éclaircir les circonstances, et à en étudier avec plus de soin le détail. Il paraît bien difficile que les œufs puissent être transportés dans l'atmosphère, et y éclore ; d'ailleurs, il pourrait se produire alors des pluies d'œufs, et c'est ce que l'on a jamais constaté. M. Ampère, qui regardait, sur la foi de tant de témoignages, le phénomène comme incontestable, en avait proposé à la Société des sciences naturelles une explication qui paraît assez plausible, et que des observations attentives, et sur la voie desquelles se trouvent les nombreuses personnes qui habitent la campagne, mettraient entièrement hors de doute. Ce savant avait remarqué, et c'est ce que tous les promeneurs ont pu remarquer aussi, qu'à une époque déterminée, c'est-à-dire quand les crapauds ou les grenouilles viennent de perdre leurs queues, ces animaux éprouvent le besoin d'abandonner le lieu de leur naissance, et se mettent en effet a courir d'une manière vagabonde, et par très grandes masses, dans la campagne. Durant ces promenades, il serait très possible qu'un de ces coups de vent violents qui accompagnent les orages enlevât sur son passage une certaine quantité de ces faibles et légers animaux, pour les rejeter ensuite à un autre lieu plus ou moins éloigné. On aurait ainsi une explication fort simple d'un phénomène qui est de nature à embarrasser les zoologistes, et au sujet duquel on a imaginé une multitude d'hypothèses fort difficiles à admettre. Pour résoudre la question, et donner pleine raison à ceux qui s'en sont fait les soutiens, il suffirait d'être amené par un heureux hasard à observer l'effet d'un coup de vent violent, dans un endroit découvert, sur une de ces petites armées de grenouilles voyageuses. Ce serait encore une de ces choses merveilleuses dont l'explication deviendrait toute naturelle et toute simple. L'Académie des sciences, a été l'origine d'un assez grand nombre de dépositions faites par des témoins oculaires, qui jusque là, n'en sachant point l'intérêt, avaient gardé leurs observations pour eux-mêmes :
En 1821, dans un village du département de la Meuse, un orage violent ayant éclaté pendant la nuit, on trouva le matin le sol de la rue couvert de grenouilles et de crapauds ; il n'y avait rien eu de semblable dans les villages voisins ; mais un château du voisinage, dans les fossés duquel il y avait abondance d'animaux, avait eu pendant la nuit ses fossés entièrement desséchés par un tourbillon, et ce fait paraît l'explication naturelle de ce qu'on avait observé dans la rue du village. Si les animaux sont ainsi enlevés dans les régions supérieures de l'atmosphère par des coups de vent, cet accident doit être commun à d'autres qu'aux crapauds et aux grenouilles ; et, en effet, on cite aussi des pluies de poissons. Dans l'été de 1820, les élèves du séminaire de Nantes, étant à la promenade, virent avec surprise à la suite d'un orage, pendant lequel ils s'étaient mis à l'abri, la surface de la campagne couverte, sur une étendue de quatre cents pas, d'une multitude de poissons d'un pouce de longueur environ, qui sautillaient sur l'herbe : il n'y a certes pas à dire, comme pour les crapauds, que ces animaux étaient venus là d'eux-mêmes. Dans l'Inde, sur les bords du Gange, on a observé, en 1834, un phénomène analogue, mais sur une plus grande échelle, car les poissons tombés sur le sol dans un espace de deux arpents, à la suite d'un ouragan, étaient du poids d'une livre. En Ecosse, il tomba une pluie de harengs. Enfin, on cite dans l'Amérique méridionale, dans un pays très marécageux, une pluie de sangsues. Voilà assez de faits pour convaincre les incrédules, et obliger ceux qui ne voudront pas croire à se tenir au moins sur leurs gardes, et à être prêts dans l'occasion à bien observer. |
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