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LES VIOLETTES
(D'après Les violettes, édition
enrichie de l'ouvrage paru en 1898) L'Antiquité Le Moyen Age et la Renaissance
Le grand botaniste et voyageur Johannes Costaeus nous dit que la violette double et très parfumée, qui fera plus tard la renommée de la Ville Rose, est née dans la lointaine Perse et fleurissait au XVIIe siècle les jardins de la Sublime Porte. Ses fleurs étaient alors aussi grandes que de petits boutons de rose. La violette, dite de Parme, passe par Naples avant de s'installer en 1755 dans la région de Grasse où elle est surtout utilisée en parfumerie. Elle est devenue, par l'habileté des horticulteurs, l'une des fleurs parfaites qui y régnèrent pendant plus d'un siècle. Sa renommée la fit se répandre dans toute l'Europe pour ses fleurs, et sa culture devint l'une des plus importantes productions hivernales. C'est une Viola suavis à fleurs très double, mauve pâle et suavement parfumée. Améliorée sans cesse par la sélection, elle se répand peu à peu dans les grandes maisons d'Europe. Par contre, si son histoire originelle reste à écrire, les documents nous manquent. Peut-être les manuscrits en turc ancien dorment-ils toujours dans une bibliothèque ottomane ? A Paris, pendant la Révolution, les jeunes bouquetières vendant des violettes au coin des rues sont taxées et leur commerce est strictement réglementé, c'est dire à quel point il devait être florissant ! Ici encore, la cueillette sauvage ne suffit plus. La floraison printanière ne satisfait pas la demande croissante, et les chercheurs sélectionnent les fleurs simples aux coloris délicats et aux parfums les plus doux qui fleurissent de plus en plus tôt et de plus en plus tard dans la saison.
En 1820, en Angleterre, le jardinier du Tsar de Russie, Isaac Oldaker, donne des statistiques précises sur sa culture de 400 pots de Violettes napolitaines sur lesquels il récolte 1062 douzaines de fleurs. Les courbes actuelles de rendement et les pics de floraison s'avèrent identiques à ceux qui ont été observés par ce méthodique jardinier. Les échanges internationaux sont intenses et les hybrides de violettes odorantes indigènes à fleurs simples avec des russes et des turques font leur apparition vers le milieu du XIXe siècle. Ce sont les ancêtres de toutes les belles fleurs à grand développement.
L'Italie possède aussi ses régions de production. San Remo et les hauteurs de Rome, mais aussi Udine, capitale du Tyrol exporte alors sur Vienne, Berlin, la Pologne et la Russie. Les empires austro-hongrois et allemands ont aussi leurs centres à Gorizia (Gorz) et Trieste et sur les ceintures des grandes villes. Les variétés nordiques sont bien adaptées au climat, mais plus tardives que celles du midi. L'émulation est grande et la concurrence très âpre. L'arrivée des petites fleurs de la Côte d'Azur ou de l'Adriatique ne plaît guère aux producteurs locaux. Et l'on entend souvent dire en Allemagne que les fleurs importées sont moins fraîches, moins parfumées et qu'elles tiennent moins longtemps que celles du pays. A Londres, surtout desservie par le Devon et les alentours, on est encore plus sévère. Les droits de douane sont majorés de 500 % pendant la durée de forte production des fleurs coupées anglaises. A-t-on inventé mieux depuis pour se défendre de la concurrence étrangère ? Partout les variétés simples et doubles sont cultivées indifféremment et Toulouse, comme Hyères et la Côte d'Azur, n'a pas échappé à cette règle. Peu à peu les fleurs simples, notamment la Victoria et d'autres très grandes fleurs, montées sur un long pédoncule ont pris partout le pas sur les Parme, sauf à Toulouse où la fleur double reste la préférée. Les techniques diffèrent selon les régions et le climat. Sous les cieux méditerranéens de France, d'Italie et d'Algérie, la production se fait à l'air libre en billon, à l'abri d'un rang de pois ou sous l'ombre légère des oliviers ou des orangers. Parfois la plantation est protégée par des claies pendant les nuits froides comme à Hyères. Les violettes sont utilisées pour leurs fleurs, mais aussi pour leur parfum. A Grasse et sur la Côte d'Azur, les corolles sont récoltées par d'agiles Piémontaises en octobre et en mars au moment où les bouquets se vendent moins. Les parfumeries pratiquent l'enfleurage avec des graisses et fabriquent des pommades. Ensuite, vient la distillation par la vapeur d'eau ou l'extraction chimique de la concrète.
A Hyères, les fleurs réunies en bouquets ronds, sont rapidement mises au frais dès la cueillette, puis expédiées en bottes comprenant des bouquets de 50, 100, 150 et 200 fleurs que l'on appelle boulots. L'emballage courant est alors le panier de roseau. En Angleterre, l'employé de bureau renouvelle chaque matin sa boutonnière de violettes, mais chez nos voisins, la fleur préférée est la Parme Marie-Louise, plus grosse, plus foncée et rayée de rouge sur le blanc. Cette variété est chérie par les Américains qui en consomment alors à New-York. jusqu'à 1 000 000 de brins par jour. Après le deuxième conflit mondial, la demande s'affaiblit et la production s'éteint, vaincue par la mode changeante, les coûts de production, les maladies, la concurrence de nouvelles fleurettes et les techniques inappropriées. Les variétés disparaissent ou se dénaturent. Mais, curieusement, tout n'est pas perdu. La nostalgie et le retour aux valeurs du passé rappellent les violettes. Les années 80 laissent frémir un renouveau universel, timide certes, mais continu et prometteur. Les horticulteurs ont la ferme intention de démarginaliser la violette. La France prend les problèmes techniques à leur base en commençant par la régénération des variétés utilisées. Tourrettes-sur-Loup relève le défi avec la Victoria et remplace peu à peu tous les plants des douze hectares en culture. Toulouse poursuit son avancée technique avec ses nouveaux plants sains de Parme et sa méthode rationnelle de culture hors sol. L'Egypte poursuit se production sur une dizaine d'hectares à l'ombre des maïs et des tournesols. La Californie a ses propres cultures. Enfin, les passionnés américains et anglais ont fondé l'International Violet Association (Association Internationale de la Violette) réunissant les producteurs et les amateurs des Etats-Unis et d'Angleterre auxquels se sont joints ceux de France et d'Italie.
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