Faune et flore vues par nos ancêtres. Plantes et animaux d'autrefois
Des arbres célèbres et des vertus de certaines plantes, aux croyances liées aux animaux, en passant par la culture du tabac ou de la vigne chez les Anciens, découvrez la faune et la flore selon nos ancêtres. Une balade au coeur des règnes animal et végétal.
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CHASSEURS DE PLANTES
des environs de Paris (2/2)
(D'après un récit paru en 1902)

Les plantes dont avons parlé dans la première partie sont celles qui, au printemps et en été, donnent lieu à un « gros » commerce. A côté d'elles viennent s'en placer d'autres, d'importance moindre, de vente plus aléatoire et que le chasseur rencontre souvent accidentellement dans ses pérégrinations.

Parmi elles il faut citer la primevère officinale et la primevère élevée, vendues toutes deux sous le nom de coucou, et dont les fleurs sont d'autant plus
Marchande ambulante de fleurs
Marchande ambulante de fleurs
à Paris au début du XXe siècle
goûtées qu'elles viennent au printemps et que l'on vend fort bon marché ; la pervenche, que certains camelots vont chercher jusqu'aux environs de Dourdan, soit à cinquante kilomètres de Paris ; les violettes, auxquelles malheureusement celles du Midi font un tort considérable, bien que ne les égalant pas, - loin de là - au point de vue du parfum ; les renoncules ou boutons d'or, qui « vont » toute l'année et se vendent facilement à cause de leur longue durée ; le caltha des marais, grandes fleurs jaunes dorées, d'un effet admirable, qui ne pousse qu'aux bords des rivières et que l'on récolte assez abondamment sur les rives de l'Yvette, à Chevreuse notamment ; l'ail des bois qui fait de jolis bouquets blancs, mais qu'il faut bien se garder de sentir ; les genêts, couverts de fleurs jaunes, abondants partout ; l'aubépine, que l'on verrait certainement plus souvent dans les rues de Paris si ses aiguillons n'en rendaient le transport un peu pénible ; les marguerites, bleuets, coquelicots, qui foisonnent dans les champs de blé ou d'avoine, mais pour la récolte desquels le chasseur risque le fâcheux procès-verbal ; les roseaux et les massettes, curieuses plantes communes dans certains étangs ; enfin les bruyères, qui terminent la série au mois d'août et de septembre et que l'on va « chasser » dans le bois de Meudon et la forêt de Fontainebleau, où le stock est inépuisable.

Toutes ces plantes se rapportent coupées pour en faire des bouquets. Quelques camelots s'adonnent aux végétaux enracinés et destinés par suite à être « empotés ». Parmi eux il faut surtout noter les pâquerettes, d'une robustesse remarquable, et qui n'ont pas leurs pareilles pour orner la fenêtre de Jenny l'ouvrière ; diverses fougères, notamment des polypodes, qui « reprennent » très difficilement ; quelques carex ; du lierre, et quelques autres de moindre importance.


D'autres s'adonnent à la récolte des plantes médicinales et doivent, par suite, avoir quelque notions de botanique. Je ne serais pas étonné si certains d'entre eux étaient d'anciens potards ayant trop fait la fête ou des droguistes dont les affaires sont dans le marasme. Près des Halles, rue de la Poterie, se tient sur le trottoir, le mercredi et le samedi, un petit marché d'herbes médicinales où viennent se fournir les herboristes et certains pharmaciens. Les vendeurs se divisent en deux groupes : les cultivateurs qui viennent y vendre la mélisse, la menthe, l'armoise, l'absinthe, la lavande, qu'ils ont fait pousser eux-mêmes, et les camelots qui débottent les plantes cueillies dans les bois.
Marchandes de fleurs
Les marchandes de fleurs
aux portes de Paris

Celles-ci varient naturellement avec les saisons ; parmi les plus connues, citons la feuille de ronce, si employée dans les maux de gorge ; les feuilles de noyer, « chipées » de-ci de-là ; le chiendent, bien négligé aujourd'hui ; la douce-amère, la petite centaurée, les fleurs de sureau, le laurier blanc, le coquelicot, la violette, le bouillon blanc ; en un mot toute la série des « simples », dont l'usage, malheureusement pour la corporation qui fait l'objet de cet article, diminue sans cesse.

Petite boutique de fleurs
Petite boutique de fleurs
à Paris au début du XXe siècle

L'automne et l'hiver n'arrêtent pas les pérégrinations et le commerce des chasseurs de plantes. Au contraire, il leur faut encore plus travailler, non pour récolter des fleurs, - il n'y en a plus - mais des fruits et des plantes vertes que, dans la semaine, ils livrent à leurs clients habituels, et que, le dimanche, ils vont vendre, au marché aux oiseaux. C'est qu'en effet cette flore automnale est très goûtée des diverses catégorie de volatiles. A côté de l'éternel mouron, ils vendent aussi du seneçon, des baies d'épine-vinette, du plantain, des baies de sureau ou de vigne vierge, des graines de chardon ; en somme, tous les fruits sauvages au péricarpe succulent et les graines agréables à grignoter. Tout cela, en raison de la rareté, se vend fort cher ; mais que ne feraient pas les vieilles filles sentimentales pour leurs chers petits musiciens ?

A l'automne, on récolte aussi diverses plantes décoratives, pour leur feuillage ou leurs fruits. Les plus connues sont les houx, aux feuilles luisantes, épineuses, aux fruits rouges, et le gui, la plante de la Noël, le mitstletoé des Anglais, à l'allure un peu mystique. La récolte du gui est des plus pénibles, car il faut aller cueillir cette plante parasite sur les pommiers et les peupliers et souvent scier les branches pour s'en emparer. Les camelots rapportent les touffes attachées aux deux extrémités d'une longue gaule qu'ils tiennent sur leur épaule souvent meurtrie.

Ne croyez pas que j'aie terminé la liste des catégories de chasseurs de plantes. Il y en beaucoup d'autres ; mais il serait fastidieux d'y insister. Laissez-moi cependant vous présenter : celui qui récolte les pieds de pissenlits sauvages que certains gourmets adorent en salade ; celui qui cueille les feuilles de plantain et d'érable pour garnir les compotiers de fruits ; cet autre dont la spécialité est de chercher les branches bizarres pour en faire des corbeilles originales ; celui-ci qui s'adonne à la récolte des frêles graminées, Airas, Brizes, Stipes, Bromes, etc., pour en faire des bouquets perpétuels ; celui-là qui travaille - qui l'eût dit ? - pour les passementiers en récoltant des fruits d'aulnes, des glands, etc. dont on fait des garnitures après les avoir dorés ou plutôt bronzés artificiellement ; enfin, ce dernier qui récolte les « coeurs » des coquelicots, bleuets et marguerites, - les trois couleurs du drapeau national - pour les faire entrer dans la confection des fleurs dites artificielles.

CHASSEURS DE PLANTES : Partie 1/2


 

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