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Origine des ARBRES FRUITIERS
cultivés en France (Partie 1/2) (Récit de 1853 inspiré du « Cours élémentaire
théorique et pratique d'arboriculture » de M. du Breuil) ARBRES FRUITIERS A FRUITS PROPRES AUX BOISSONS FERMENTÉES Vigne. Cet arbre paraît originaire de l'Asie comme la plupart de nos végétaux alimentaires les plus utiles. Dès la plus haute antiquité, on le trouvait à l'état sauvage en Sicile et en Italie ; mais ce furent les Phéniciens qui en introduisirent la culture, d'abord dans les îles de l'Archipel, dans la Grèce, puis en Sicile et en Italie. Nous voyons dans la Bible que la Palestine renfermait d'excellents vignobles, entre autres ceux de Sorec, de Sébama , de Jazer, d'Abel et de Chelbon. A l'époque de la guerre de Troie, les Grecs tiraient déjà un profit considérable de leurs vins, et particulièrement de ceux de Maronée, de Cos, de Candie, de Lesbos, de Smyrne et de Chio. En se rapprochant des contrées moins brûlantes, les produits de la vigne se sont progressivement améliorés. Le climat tempéré la France est assurément le plus favorable à la production des bons vins : aussi cette culture y a-t-elle pris un développement tel qu'elle occupe aujourd'hui une surface de 2 000 000 d'hectares, produit près de 40 000 000 d'hectolitres de vin, et occupe le second rang dans l'échelle des richesses territoriales de notre pays. Il est probable que la vigne était assez anciennement cultivée chez les Gaulois, puisque Domitien en fit arracher tous les pieds, dans la crainte, dit-on, que la passion du vin n'attirât les Barbares. Probus et Julien réparèrent cet acte sauvage en faisant replanter la vigne dans les Gaules. Quant au raisin de table, lorsqu'on le cultive en plein air dans le centre, et à plus forte raison dans le nord de la France, il n'acquiert souvent qu'une maturité imparfaite et une qualité médiocre, faute d'une chaleur suffisante et assez prolongée pendant l'été. Pour remédier aux circonstances défavorables résultant du climat, on cultive la vigne en treille, et on lui applique une série d'opérations qui ont pour résultat de rapprocher le terme de sa végétation annuelle. C'est à Thomery, village situé à 8 kilomètres de Fontainebleau, que furent établies les premières treilles, il y a environ cent vingt ans, par un cultivateur appelé Charmeux. Les habitants du pays trouvèrent tant d'avantage à cette culture qu'ils l'étendirent peu à peu jusqu'au point où nous la voyons aujourd'hui. Elle occupe maintenant plus de 120 hectares, et produit, en moyenne, un millier de kilogrammes de raisin. Ce sont les excellents produits de ces treilles que l'on vend à Paris sous le nom de chasselas de Fontainebleau. Du reste, il existe, au château même de Fontainebleau, une treille de près de 1 400 mètres de longueur, qui fut créée il y a environ un siècle, et restaurée en 1804, sous la direction de M. Lelieur. Le pommier commun et le poirier commun ont une importance presque aussi grande que celle de la vigne ; un grand nombre de nos départements trouvent dans leurs abondantes récoltes des produits alimentaires bien précieux, tant pour la table que pour les boissons (cidre, poiré) que l'on en extrait. Ils donnent un bois très recherché, soit pour le chauffage, soit pour la gravure en relief, la menuiserie et l'ébénisterie. On peut affirmer, d'après les divers auteurs qui se sont occupés de ces recherches, que ces deux arbres ont été trouvés à l'état sauvage, tant dans les parties tempérées de l'Asie que dans celles de l'Afrique et de l'Europe. Quant à la préparation d'une boisson fermentée avec les dit pommier et du poirier, elle parait remonter à la plus haute antiquité dans l'Asie mineure et en Afrique. Les Hébreux l'appelaient sichar, nom que la Vulgate a traduit par celui de sicera, qui a une certaine ressemblance avec celui de cidre. Il paraît que les Grecs et les Romains ont aussi fait du vin de pomme. Dès 587 on voit, d'après Fortunat de Poitiers, le jus fermenté de la pomme et de la poire apparaître sur la table d'une reine de France, sainte Radégonde. Il est probable que l'on en fabriquait depuis longtemps en Gaule. Suivant le savant Huet, évêque d'Avranches, les Normands ont appris cet art des Basques, avec lesquels la grande pêche côtière les mettait en relation. Ce qui est certain, c'est que, dans les provinces du nord de l'Espagne, la culture des arbres à cidre est encore très développée aujourd'hui. Les Capitulaires de Charlemagne mettent au nombre des métiers ordinaires celui de cicerator, ou faiseur de cidre. La culture des fruits à cidre a presque entièrement atteint, en France, le développement dont elle était susceptible. Arrêtée vers le sud par la culture de la vigne, et vers le nord par la rigueur de la température, elle s'est établie sur une zone du centre de la France et celui de l'extrême nord, où l'orge et le houblon fournissent aux habitants les éléments d'une autre boisson fermentée, la bière. D'après M. Odolant-Desnos, 36 départements s'occupent de la fabrication du cidre et du poiré. Ils en produisent plus de 8 millions et demi d'hectolitres, qui ont une valeur réelle de plus de 64 millions de francs. La culture du poirier comme arbre à fruits de table paraît être presque aussi ancienne que celle du poirier à cidre, On sait, en effet, que les Romains cultivaient trente-six variétés de poires dont plusieurs font encore partie de nos collections, mais sous d'autres noms. Une partie notable des noms que portent les diverses variétés de poires sont ceux des localités d'où elles proviennent, ou des individus qui les ont fait connaître. Ainsi la poire de Saint-Germain aurait été trouvée dans la forêt de ce nom ; la virgouleuse vient du village de Virgoulée, près de Limoges ; le bon-chrétien nous a été donné par François de Paule : Chez nous nommé le bon chrétien ; Et le fruit dont le saint fit part à notre France De ce nom emprunta le sien. Quant au pommier, il est souvent question de son fruit dans l'histoire sacrée et dans l'histoire profane. Les hommes les plus célèbres de l'ancienne Rome ne dédaignèrent pas sa culture, et, parmi les vingt variétés que l'on y cultivait, les noms de manliennes, de claudiennes, d'appiennes, indiquaient les personnages qui les avaient fait connaître. La pomme d'api a, sans doute, perpétué jusque chez nous le nom d'un de ces patriciens. |
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