ARGENTAT. Histoire de la ville et de son hospice
par J.-EUSEBE BOMBAL

Difficile de visiter aujourd'hui Argentat sans éprouver le
désir de connaître son passé : l'ancienneté
des maisons, la sérénité du lieu et le passage
de la Dordogne qui coule vers Souillac, Bergerac et Libourne, jusqu'au
Bec d'Ambès où elle s'unit à la Garonne, laissent
imaginer une histoire riche en péripéties dans le temps
et dans l'espace. J.-Eusèbe Bombal confirme ces impressions
en évoquant le destin mouvementé de la ville depuis
l'époque gallo-romaine, avec un luxe de détails qui
est le fruit de plusieurs décennies de travail : on voit ainsi
apparaître sous sa plume, au tout début, dans la plaine
entourée de collines, les centres d'exploitation agricole confiés
à des vétérans des légions romaines, comme
la villa de Longour (vignes, pêcheries...) dont on a pu, grâce
à diverses fouilles, reconstituer la structure ; puis, c'est
la célèbre croix plantée par saint Martial, seule
rescapée, après les invasions, du village qui s'était
construit autour d'elle et la mort de saint Sacerdos, à Argentat,
en 720, dans un lieu que l'on nommera le Paradis ; plus tard, la terrible
bataille, au cours de laquelle les ancêtres des Argentacois
vainquirent les Sarrasins et les chassèrent du pays, se déroulera
au bois de la Luche ; quant à la constitution du bourg en vicairie,
dès le IXe siècle, elle est attestée, entre autres,
dans le cartulaire de l'abbaye de Beaulieu.
La cité n'en est pas, pour autant, quitte avec la violence
: au Xe siècle, les Normands ravagent le Bas-Limousin et ils
inspirent aux habitants d'Argentat une telle terreur qu'ils en feront
une légende : celle du géant Roulloun qui passe d'une
montagne à l'autre, en une enjambée ; pourtant les envahisseurs
seront battus à Estresse (930). Par la suite, bien que les
archives soient muettes sur la période de l'occupation anglaise,
on peut supposer qu'elle fut l'occasion de nouveaux combats et d'excès
en tous genres ; mais les deux siècles les plus terribles,
à cet égard, seront le XVIe et le XVIIe : car les affrontements
religieux, particulièrement rudes à Argentat - prise
de la ville par les catholiques en 1562... |